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“Ca va Jazzer !” – Mon premier contact avec le contrebassiste Sal La Rocca, ce fut à Disneyland, en 1985. Vous avez bien lu. A Disneyland! Dans l’enceinte du parc existe une salle de spectacle du nom de MANHATTAN. Quelle ne fut pas ma surprise, cet après-midi de printemps, de découvrir dans la colonne de concerts du quotidien Libération (sans doute l’initiative du titulaire de la rubrique jazz de l’époque, le sagace Serge Loupien, bravo mon vieux!), un show de Lee Konitz à Disneyland. Le sublimissime saxophoniste alto américain est mon idole. La preuve : Disneyland, fallait m’y expédier! Ce sera pour Lee une fois pour toutes, et pour lui exclusivement. Concert programmé à 20h. Je sévissais déjà rue du Louvre. J’ai bifurqué en fin d’aprem vers la gare Les Halles voisine, à la recherche du bon quai, déchiffrant comme un possédé les tableaux des directions du RER de peur de me retrouver à cent bornes en sens inverse. A la sortie du train, slalom entre les Mickeys. Découverte du club perdu. Super, une chaise vide à côté de la scène. Le concert tint la promesse. Grâce notamment à la section rythmique-feu de cheminée!

Grâce à Sal, 24 ans cette année-là. Quel phrasé confortable, à la Paul Chambers. Déjà impérial. A côté de lui, le batteur, Bruno Castelucci, baguettes sûres. Un binôme ronronnant sur lequel Lee, Raminagrobis enjôleur, posa les chroniques suaves de sa galaxie avec le génie mélodiste coutumier. Je me suis roulé dans le flot musical comme un gamin au milieu du bac à sable. Un disque du set – magnifique – existe (ah béatitude, le jour où je suis tombé sur la référence GAM 215, au nom du guitariste Jean-François Prins, leader de la session du MANHATTAN…). Quand un styliste du calibre de Sal La Rocca joue derrière un géant comme Lee : osmose assurée. Comme Castelucci, Sal est belge. Il est né à Liège. Steve Grossman, Jacques Pelzer, Steve Houben, ont jeté le dévolu sur son accompagnement soyeux.

Dans son dernier disque, It Could be the End, à paraître à la fin de l’été sur le label IGLOO (distribué par Socadisc), Sal devient leader. Il compose. Il a recruté le saxophoniste coltranien et guadeloupéen en pleine ascension, Jacques Schwarz-Bart. Très bon batteur au générique (Hans Van Oosterhout). Le quintet déploie les thèmes avec maestria et jubilation. On n’hésite pas à céder à la formule rebattue de “très bon disque de jazz contemporain“. Lorenzi Di Maio époustoufle à la guitare. A l’arrivée : irrépressible joie intellectuelle. Et plaisir de gosse.

03/06/2012 – Bruno Pfeiffer

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